Nouvelle participation après la première en 2012.
Départ à 6h30 pour attaquer directement Peyresourde. Je monte bien sans jamais me mettre dans le rouge. Il fait étonnamment doux pour l’heure. C’est agréable d’un côté mais de l’autre je redoute que cela ne confirme les orages et le mauvais temps annoncé pour l’après-midi. Au sommet il fait beau, pas frais du tout et la vue est splendide. Je mets un coupe-vent parce que la descente est côté ouest donc encore à l’ombre, fraîche mais pas froide. A mi-descente premier accident de la journée : un cycliste couché sur le dos contre un muret de Pierre et en hyper ventilation impressionnante. J’entends déjà les pompiers qui arrivent et continue mon chemin. Je ne suis d’aucune aide ici et il y a déjà assez de monde.
Je finis tranquillement la descente dans le brouillard et en ressort après 2 kilomètres dans Aspin. Il fait toujours grand soleil et bon, sans chaleur. J’expérimente mon nouveau 48/38/26 à la place de mon habituel 52/42/30, à l’arrière toujours 11/28. Ici pas besoin du 26x28, ça passe souple en 26x24. En réalité la chaîne ne tombe pas du 38 au 26 mais j’ai trouvé le coup : petite remontée sur le 48 puis descente en un coup sur le 26 et la ça marche. Je réglerai cela à mon retour. Je finis bien Aspin. En haut contrôle, blouson et plein des bidons et poudre. La descente craint : gravillonnée de frais mais pas partout, il faut rester sur le qui-vive en permanence. La deuxième partie en faux-plat permet de lâcher les gaz. Un vrai plaisir.
Campan. Petite pensée à Eugène Christophe et à ce que volonté signifie réellement. Les choses sérieuses commencent et avant la pente c’est déjà la chaleur qui se fait sentir. C’est surtout sensible après Grip mais quelques kilomètres plus loin après l’entrée dans la forêt tout va bien. J’ai mis mon 26x28 et c’est génial je tourne beaucoup plus souple sans perdre de la vitesse. Je monte à 8kmh, 7 dans le plus raide avant la Mongie. Après la Mongie c’est à nouveau moins raide et je reprends mon rythme à 8-8,5. C’est trop beau… A 3 km du sommet le vent qui se faisait déjà sentir depuis quelque temps vire carrément à la tempête. De ces 3 km je ne me souviens plus de la pente mais seulement de ma lutte incessante pour rester sur mon vélo. Un VC demande déjà énormément de concentration pour ne pas tomber à ces vitesses, là c’est horrible, un stress permanent, une bataille constante pour ne pas tomber, des embardées d’un côté de la route à l’autre avant de pouvoir corriger la trajectoire. J’arrive en-haut sur DIGESIFR (nouveau nom de N° 22). Pas contrôle : ils l’ont déplacé 4-5 km plus bas tellement c’est invivable là-haut. Je ne m’attarde pas, coupe-vent et c’est parti à 20 kmh les pieds hors des pédales au ras du sol. A 20 c’est plus stable qu’à 8 et au-dessus je flippe dur avec ces rafales. Au bout de 3 km c’est gérable. Arrêt bidon, contrôle, sandwich et je repars. C’est ma descente du Tourmalet la plus lente : 40 parfois 50 pas plus parce que le vent reste très violent et très vite je tombe dans tous les travaux de réfections suite aux intempéries de l’année dernière. C’est dangereux à nouveau : route rainurée sur des km, reprise de bitume avec des marches de 4 cm mal signalées. A l’entrée de Barèges nouvel attroupement : deux cyclistes se sont crashé sur une reprise d’enrobée totalement invisible, noyée dans la poussière des travaux. Ils ont dû se la prendre à fond. Tous les deux sont couchés en position de fœtus contre le trottoir, vêtements en lambeaux, inertes. Triste spectacle et en même temps je leur dois une fière chandelle parce que sans l’attroupement tout en ne descendant pas très vite je n’aurais probablement pas ralenti suffisamment et me serais pris la marche non signalée aussi. En VD on peut essayer de sauter un dernier moment mais en VC c’est impossible et gamelle assurée. Je termine tranquille et croise la deuxième voiture de pompier qui remonte un col…
A Luz il commence vraiment très chaud. J’ai maintenant le vent dans le dos et passe très facilement le défilé vers Argelès. A la sortie du défilé et l’entrée de la cuvette d’Argelès c’est un four ! Ça promet pour la rampe de 4km à la sortie du bourg. La confirmation arrive tout de suite. Ma tête sous le casque vire vite à la cocotte-minute. Je ne rêve que d’une chose : de l’ombre et de l’eau. J’en arrive au bout et la suite de l’approche du Soulor est plus facile avec sa montée en escalier. Cela permet de prendre un peu de vitesse et de se rafraîchir un peu (tout est relatif mais on apprécie tout de même). Arrens enfin. Les choses sérieuses commencent vraiment avec les 8 km du Soulor. Je n’aime pas ce col qui devient de plus en plus dur avec les kilomètres aussi je commence très calme. Je me fixe à 7,5 – 8,5 kmh et m’y tiens. Le ciel se voile et du coup le soleil cogne moins. Cela signifie aussi au loin de gros nuages qui arrivent. Je décide de maintenir le rythme sans arrêt jusqu’au contrôle du Soulor et de m’y arrêter le moins longtemps possible afin de faire l’Aubisque montée et descente au sec. Les deux derniers kilomètres sont toujours les plus durs à mon goût et en plus le vent se lève défavorable mais gérable. Je m’attarde au contrôle le strict minimum : contrôle, remplissage des bidons, petit sandwich, SMS à Muriel et c’est reparti.
1-2 kilomètres de descente et c’est le balcon du Litor toujours aussi impressionnant. Les 6-7 km de remontée commencent tranquille et il n’y a plus de vent. A La sortie du cirque cela il reste 3 km plus sérieux mais je monte toujours bien. Par contre immédiatement s’en est fini de l’abri du vent et c’est brutal. Les rafales sont extrêmes, plus fortes encore que dans le Tourmalet. C’est une bataille constante et un stress permanent pour rester sur le vélo mais je tiens jusqu’à 200 mètres du sommet où une rafale encore plus forte que les autres me jette à terre. A part le compteur arraché le vélo ne semble rien avoir ; moi en gros choc sur le tibia et sur le triceps droit. Ca va. Je finis à pied et même là je me retrouve 3 fois à l’arrêt, incapable d’avancer debout avec le vent qui s’engouffre dans le vélo. Je ne m’attarde pas une minute et commence la descente comme celle du Tourmalet : jambes au ras du sol à 20kmh. 3km plus bas cela va mieux mais je descends à plus de 35-40 kmh jusqu’à Gourette. Ensuite cela va nettement mieux et je profite vraiment de la descente. Juste avant Eaux-Bonnes je me dis que pour une fois je n’ai pas vu de participants par terre. 2 minutes plus-tard voilà la camionnette des pompiers qui remonte le col tous feux allumés et sirène hurlante. Décidément…
Le plus dur est fait mais il reste dans les 160 km à faire avec d’abord une soixantaine quasi plats et le reste un vrai festival de côtes basques, le tout avec un fort vent défavorable sauf les 20 premiers km. De plus le ciel est maintenant extrêmement défavorable sauf derrière moi mais ma voiture m’attend à… Bayonne et c’est donc devant que cela se passe.
Je suis en train de rattraper dans la traversée d’Ogeu un groupe d’une vingtaine de participants qui avait environ 2km d’avance sur moi à la sortie de Laruns quand j’entends un bruit de ferraille en passant sur le dernier ralentisseur : d’abord je ne comprends rien, le vélo roule toujours. Arrêt, inspection : c’est ma lumière avant dont le support de fixation s’est arraché du cadre. Probablement une suite de ma chute à la fin de l’Aubisque. Pour ne pas perdre de temps j’embarque tout cela dans ma sacoche. Je peux réfléchir sur le vélo en continuant d’avancer.
Oloron, la route est trempée mais j’ai échappé à cet orage et ne suis du coup que peu mouillé. L’eau plus la température encore assez élevé transforme la route vers Aramits en véritable étuve. A partir de là c’est reparti pour 100 km de toboggan basque. Je passe la bosse qui permet de passer de la vallée d’Aramits vers celle de Mauléon. Dès la bosse passée le vent en tempête se lève à nouveau. Il rend la descente en faux-plat vers Mauléon qui normalement file très vite en VC en une épreuve où tenir du 28 kmh est une épreuve. Au moins il est de face et ne déstabilise pas le vélo. Je commence à redouter le col d’Osquich où je l’aurai de plein côté. Je chasse cette idée en rattrapant d’abord mon groupe de 20 qui ne prend pas la roue (en VC ce vent de face doit être horrible) puis en réfléchissant à comment finir de nuit (j’en ai pour 1H de vraie nuit) sans éclairage avant. Trois options : s’arrêter à un hôtel (pas question de rester à dormir dehors : la pluie se voit maintenant à l’horizon ; option moyenne puisque j’ai des choses prévues le dimanche), attendre un groupe et rouler dans les roues mais dans les bosses ils sont plus rapides et je vais donc régulièrement me retrouver sans éclairage avant ou, option 3, arriver à fixer cette fichue lampe autrement. Je décide de partir sur cette dernière option puisque je peux la fixer sur la bôme du dérailleur avant. Seul problème: elle doit théoriquement être fixée sur un cylindre horizontal à 90° du sens de roulage du vélo (comme le haut d’un guidon). Là, sur la bôme, elle va éclairer le sommet des arbres et très peu la route devant moi. Par contre à coup sûr les voitures venant en face de moi ne peuvent pas ne pas me voir. Je pars pour cette solution.
La montée d’Osquich fut à nouveau d’un grand stress, sans difficulté en termes de pente. Les 2km quasi plats du sommet étaient un enfer pour rester sur le vélo. Sommet, il ne pleut toujours pas et j’aurai donc économisé 20km de pluie par rapport à l’édition 2012. Eau dans les bidons avec poudre, sandwich, message à Muriel, bruit dans le dos ? Je me retourne la pluie tombe à verse : le Pays Basque ne faillira donc pas à sa réputation. Je me couvre et mets mon imper. Rien ne sert d’attendre avec les autres il faut que j’avance pour rouler le moins longtemps possible de nuit.
La descente d’Osquich est moins refroidissante qu’il y a 2 ans et mon imper Gore de bien meilleure qualité que celui d’il y a 2 ans. J’enfile les côtes et les descentes à un bon rythme malgré le vent qui reste contraire mais moins violent. La pluie quant à elle ne cessera que 3 ou 4 fois une dizaine de minute. Côte de Bonloc vers Hasparren, c’est la dernière sérieuse. Je sais que je vais finir mais la tension ne me permet pas de profiter de ce sentiment : il ne fait pas encore vraiment nuit mais je me rends bien compte que ma lampe éclaire parfaitement les panneaux routiers en hauteur et plus haut le sommet des arbres mais à peu près pas la route. Arrivé à Briscoux il fait vraiment nuit. Les 15 kilomètres suivants traversent une forêt et il y fait une nuit d’encre. Malgré le faux plat descendant je ne dépasse pas les 20 kmh et sur un tronçon que je devrais passer en 20 minutes je vais mettre quasiment une heure. De plus il se met à pleuvoir carrément à verse. J’avance en me repérant aux bandes blanches sur le bord et le milieu de la route à ma hauteur. 5 mètres plus loin je n’y vois rien. J’enlève mes lunettes : j’y vois encore mieux sans avec ma myopie que corrigé avec les lunettes pleines d’eau.
Finalement ça passe et je me retrouve dans la petite zone industrielle le long de l’Adour. C’est éclairé : sauvé ! J’accélère à nouveau. Bayonne : la même émotion qu’il y a deux ans. Petite erreur de parcours et voici enfin le gymnase d’arrivée, 22h50. Un peu plus tard que prévu mais trop heureux d’être là sain et sauf ! Message à Muriel pour la rassurer. En fait c’est raté, ce fichu Nokia n’émet plus et ne reçoit plus… Je m’en rends compte à minuit et après 10 minutes de manips arrive enfin à le faire fonctionner. J’appelle et la trouve effondrée convaincu que j’avais eu un accident. Id pour SIliconmollet qui lui n’était pas en pleur mais commençait aussi à se poser des questions.
Conclusions :
- Emmener une frontale même pour une heure de nuit
- Vérifier si les messages passent
- Il pleut toujours au Pays Basque
- Parcours rude mais toujours aussi splendide
- En VC dans les cols avec du vent à 90kmh + c’est dangereux
- Randonnée super bien organisée
- Mais pas assez de randonneurs et trop de pelotons espagnols avec leurs voitures suiveuses qui encombrent les routes des cols et servent d’abris vent de face si ce n’est de transport de cyclistes et de vélos pendant certains tronçons
- Génial tout de même